Le parking Saint-Labre, un dimanche soir de novembre. Il fait froid. Et au milieu du bitume, une structure illuminée : Le Cabaret, qui ne ressemble à rien de connu dans les salles de spectacle ordinaires. Par les vitres, on aperçoit déjà le velours carmin, les boiseries dorées, les miroirs qui multiplient les reflets de la lumière tamisée. Une sorte de roulotte géante des années 1920, posée là, au coeur du Vaucluse.
Dans mon sac : un seul objectif. Pas de zoom, pas de téléobjectif de secours, pas de 24-70mm pour me couvrir. Juste un 50mm f/1.8. Un choix assumé, mais qui laisse zéro droit à l’erreur. Ce récit raconte cette nuit : ce qu’on voit, ce qu’on ressent, et ce qu’on règle sur l’appareil quand on capture Charlie Winston en sold out dans l’une des salles les plus singulières de France.
En résumé : Le 16 novembre 2025, j’ai photographié Charlie Winston au Cabaret de Carpentras pour le concert de clôture des Soirées d’Automne. Salle sold out de ~500 personnes, lumière tamisée de théâtre Magic Mirrors, 50mm f/1.8 comme seul objectif. Une nuit entre intensité scénique et gestion du flou de mouvement.
- Charlie Winston a placé “Like a Hobo” directement n°1 des charts français en 2009, où il est resté 11 semaines dans le Top 5 (Wikipedia, 2009).
- Le Cabaret de Carpentras est une structure Magic Mirrors, l’une des rares en France, avec une capacité de 950 personnes debout.
- Un 50mm f/1.8 capte près de 4 fois plus de lumière qu’un zoom f/2.8 standard, pour un prix entre 125 et 200 euros neuf.
- La focale fixe n’est pas une contrainte subie : c’est une discipline qui force à composer avant d’appuyer sur le déclencheur.

Charlie Winston — un showman qui se livre totalement sur scène
Charlie Winston n’est pas du genre à “faire son show” depuis une distance de sécurité. Britannique né en Cornouailles en 1978, installé sur la Côte d’Azur, il s’est révélé en France avec “Like a Hobo”, entré directement n°1 des charts français en avril 2009 et resté 11 semaines dans le Top 5 (Wikipedia, 2009). Il a depuis remporté le European Border Breakers Award 2010 en tant que meilleur artiste britannique en Europe. Sur scène, il se décrit lui-même comme quelqu’un qui “lâche prise totalement”, et ça se voit.
Ce soir-là, Love Isn’t Easy venait de sortir exactement 37 jours plus tôt, le 10 octobre 2025 (Infoconcert, 2025). La tournée en était à sa troisième semaine. Un artiste en rodage sur de nouveaux titres, c’est un artiste habité par une urgence particulière : il veut que ces chansons existent, que le public les adopte. Cette fièvre de début de tournée, ça se lit sur un visage. Et pour un photographe, c’est une mine.
Sur scène, il alterne guitare et piano avec une fluidité déconcertante. Son groupe ce soir — François Lasserre à la guitare, Louis Sommer à la clarinette basse et à la basse, Noé Benita à la batterie — offre plusieurs sujets visuels en simultané. Mais c’est Charlie Winston qui occupe naturellement le cadre. Pas parce qu’il cherche à le faire. Parce qu’il ne peut pas s’en empêcher.
La salle est sold out. 500 personnes assises, placement libre, dans un silence de cathédrale avant le premier accord. Quand les lumières s’éteignent, la tension dans le Cabaret est presque physique. Ces 500 personnes connaissent les paroles par coeur, et dès la première chanson, ça se sent dans l’air, dans la chaleur que la salle commence à dégager.
“Like a Hobo” entre directement en tête des charts hexagonaux en avril 2009 — onze semaines dans le Top 5 (Wikipedia, 2009). Seize ans après, Love Isn’t Easy vient tout juste de paraître. Shooter un artiste à l’aube d’une tournée, c’est saisir une fièvre que les grandes dates rodées ont perdue : l’urgence de faire exister des titres que le public n’a pas encore appris par cœur.

Le Cabaret de Carpentras — une salle qui est déjà un décor
Le Cabaret n’est pas une salle ordinaire. C’est une structure Magic Mirrors, l’une des rares en France, installée sur le parking Saint-Labre en remplacement de l’Espace Auzon, détruit par un incendie. L’architecture date des années 1920 : velours carmins, boiseries sculptées, vitraux colorés, miroirs qui couvrent les parois. La structure est circulaire, démontable. Elle peut accueillir jusqu’à 950 personnes en configuration debout (Ville de Carpentras, 2023). Ce soir, elle affichait complet.
Avant le spectacle, la lumière dans la salle est douce, ambrée, presque théâtrale. Les miroirs reflètent les boiseries, les boiseries reflètent les miroirs. Pour un photographe, c’est à la fois une chance et un piège : la lumière ambiante est basse bien avant que les projecteurs de scène s’allument, et les reflets créent des perspectives inattendues qui peuvent autant enrichir une image que la polluer.
La distance scène-photographe, dans une salle de 500 places, reste raisonnable même sans téléobjectif. Avec un 50mm sur capteur APS-C, je travaille à une focale équivalente d’environ 75-80mm. Un format portrait, serré, qui m’oblige à être près, mais qui fonctionne très bien dans ce contexte intimiste.
Velours carmin, boiseries sculptées, parois de miroirs : la structure Magic Mirrors du Cabaret de Carpentras est ancrée dans la tradition Art Nouveau des années 1920. Installée sur le parking Saint-Labre après l’incendie de l’Espace Auzon, elle peut recevoir jusqu’à 950 spectateurs debout (Ville de Carpentras, 2023). Pour l’objectif d’un reporter scénique, ce cadre se superpose à chaque portrait — ajoutant une profondeur que les salles modernes ne peuvent pas offrir.

50mm f/1.8 — shooter avec une focale fixe en concert
Avec un 50mm f/1.8 en concert, on gagne en lumière ce qu’on perd en flexibilité. Ce n’est pas un compromis anodin. C’est une philosophie de travail, un choix qui redéfinit chaque décision prise derrière l’appareil.
L’ouverture f/1.8, c’est environ 2 diaphragmes de plus qu’un zoom f/2.8 standard. Concrètement : près de 4 fois plus de lumière captée par le capteur à chaque déclenchement (DIYPhotography). Dans une salle comme Le Cabaret, où les projecteurs de scène créent des îlots de lumière intense sur fond de pénombre quasi totale, cette différence est souvent celle entre une photo utilisable et une photo floue ou brûlée de grain. Un zoom 24-70mm f/2.8 coûte entre 1 200 et 2 500 euros. Un 50mm f/1.8, c’est 125 à 200 euros neuf (HowToBecomeARockstarPhotographer). Ce n’est pas le même investissement, ni la même façon de travailler.
Voici les réglages que j’ai utilisés tout au long de la soirée :
| Paramètre | Réglage | Pourquoi |
|---|---|---|
| Ouverture | f/1.8 | Maximiser la lumière captée dans la pénombre |
| ISO | 1 600 à 6 400 | Adapté en temps réel selon l’intensité des spots |
| Vitesse d’obturation | 1/160 – 1/250s | Figer les mouvements de Charlie Winston |
| Mise au point | AF continu (AF-C) | L’artiste se déplace constamment |
| Format | RAW | Balance des blancs corrigeable en post |
| Flash | Aucun | Interdit et contre-productif |
La profondeur de champ à f/1.8 est très courte. Rater la mise au point d’un centimètre, c’est rater l’image : un oeil net, l’autre flou, ou pire, le nez net et les yeux flous. L’AF continu tient le coup sur un sujet mobile comme Charlie Winston, mais il faut anticiper ses déplacements. Sur capteur APS-C, le 50mm donne un équivalent de 75-80mm : c’est un objectif très portrait, peu adapté aux plans larges. On oublie le plan de scène complet. On choisit le visage, les mains, les épaules.
En contrepartie : le bokeh. À f/1.8, les lumières de scène hors focus se transforment en ronds lumineux qui donnent une dimension presque picturale aux portraits. C’est un effet que les zooms f/2.8 produisent, mais avec moins de douceur et moins de séparation entre le sujet et l’arrière-plan.
Voici ce que j’ai compris ce soir-là : photographier avec un seul objectif fixe force à prendre des décisions avant d’appuyer. Avec un zoom, on ajuste après coup : on cadre, on zoome, on recadre. Avec une focale fixe, on doit d’abord penser sa position, sa distance, son angle. Cette contrainte produit une forme de présence différente. On est plus dans le concert, plus dans le moment. Et paradoxalement, on revient avec de meilleures images, parce qu’on a choisi chacune d’elles consciemment.
À f/1.8, la focale fixe fait entrer près de quatre fois plus de lumière sur le capteur qu’un zoom standard à f/2.8 (DIYPhotography). 125 à 200 euros neuf contre 1 200 à 2 500 euros pour un 24-70mm f/2.8 (HowToBecomeARockstarPhotographer) : le rapport est sans appel. Dans un espace à faible luminosité comme Le Cabaret, c’est souvent la différence entre un cliché exploitable et une prise de vue sacrifiée au grain.

La session — ce qui s’est passé quand les lumières se sont allumées
L’entrée en scène
Les lumières du Cabaret s’éteignent d’un coup. 500 personnes dans un silence qui surprend. Dans une salle sold out, c’est presque troublant. Charlie Winston entre. Je suis positionné sur le côté, à mi-hauteur, assez près pour que le 50mm remplisse le cadre avec son visage. Premier réflexe : vérifier l’exposition sur une zone de lumière stable, avant que les changements de spots commencent. Avec une focale fixe, on ne se repositionne pas facilement une fois que le concert a démarré. On s’engage.
Les premières chansons : calibration
Les premiers spots de scène illuminent le visage de l’artiste. Blanc pur d’abord — et le blanc brûle les hautes lumières si on n’ajuste pas rapidement. Je passe à 1/200s. Puis rouge sang — le rouge amplifie le grain à ISO élevé, surtout sur les carnations. Je redescends à ISO 3200 et je laisse la vitesse à 1/160s. Puis bleu nuit — le bleu vole la netteté sur les peaux, l’AF peine à accrocher. Je repasse en mise au point manuelle sur les yeux le temps d’un refrain.
Ces ajustements se font en quelques secondes, à l’instinct. On ne consulte pas le menu. On lit la lumière, on tourne la molette, on déclenche. Les premières images du soir sont souvent imparfaites — trop sombres, trop floues, mal cadrées parce qu’on est encore en train de trouver son rythme. C’est normal. C’est la calibration.
Le moment de grâce
Il y a eu un moment, peut-être à la cinquième chanson. Charlie Winston était au piano. Il a levé les yeux vers la salle — pas vers un point précis, mais vers l’ensemble, comme s’il regardait les 500 personnes en même temps. Un spot jaune chaud lui tombait dessus depuis la gauche. L’arrière-plan était dans le flou chaud des lumières de scène, transformées en ronds dorés par le f/1.8.
J’ai appuyé. L’AF a accroché l’oeil gauche. La vitesse était à 1/200s. L’ISO à 2500. Ce sera le cliché de la nuit : un regard qui tient à la fois la gratitude et l’intensité, dans une lumière qui ressemble à de la peinture flamande. Ce type d’image ne s’attrape pas au zoom, à distance confortable. Elle réclame d’être là, proche, au bon endroit au bon moment.
La fin du concert
À un moment, l’appareil se range. Ce n’est pas une décision consciente. C’est simplement que certaines soirées méritent d’être vécues sans filtre, sans viseur. Charlie Winston, ce soir-là, était dans un registre d’intensité qui dépassait ce qu’une image peut contenir. J’ai rangé le boîtier. Je suis redevenu spectateur. Parce qu’un bon concert, ça ne se photographie pas entièrement — ça se vit aussi.

Ce qu’on retient d’une nuit avec un 50mm f/1.8
Le 50mm f/1.8 a livré ce qu’on lui demandait. La lumière du Cabaret était insuffisante pour un zoom f/2.8 sans monter à des ISO ingérables : au-delà de 6400 sur mon capteur APS-C, le grain devient structurel, pas esthétique. La focale fixe a imposé des choix. Et ces choix ont produit de meilleures images que si j’avais eu la liberté d’un zoom. Ce n’est pas une surprise : la contrainte oblige à la précision.
Charlie Winston est un sujet généreux. Ses variations d’intensité, de la fragilité du pianiste à l’énergie incontrôlable du showman debout, créent des images radicalement différentes au fil d’une même représentation. Il n’y a pas de “pose” à attendre. Chaque seconde est différente de la précédente.
Le Cabaret de Carpentras est lui aussi un personnage à part entière. Les miroirs, les boiseries, la chaleur du velours carmin : ça se lit même dans les clichés. Cette architecture ajoute une couche à chaque image, une texture que les salles modernes en béton et acier n’ont pas. Travailler dans Le Cabaret, c’est bénéficier d’un décor qui travaille avec vous.
Documenter des artistes dans des salles comme Le Cabaret, saisir ce qui se passe sur scène et dans les regards : si ce type de mission vous intéresse, c’est précisément ce que je fais en tant que photographe de concerts et de festivals.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment photographier un concert avec un objectif 50mm f/1.8 ?
Oui, à condition d’accepter la contrainte de la focale fixe et de se déplacer plutôt que de zoomer. L’ouverture f/1.8 capte près de 4 fois plus de lumière qu’un zoom f/2.8 standard (DIYPhotography), ce qui compense largement dans les salles à faible luminosité comme Le Cabaret de Carpentras. Il faut anticiper ses positions, ne pas improviser depuis un coin de salle.
Quels réglages utiliser pour photographier un concert sans flash ?
Sans flash, les réglages clés sont : ouverture au maximum (f/1.8 si disponible), ISO entre 1 600 et 6 400 selon les spots, vitesse minimum 1/160s pour figer les mouvements de l’artiste, AF continu, et format RAW pour corriger la balance des blancs en post-traitement. Ces réglages s’ajustent en continu selon les changements de couleur et d’intensité des projecteurs.
Charlie Winston est-il un bon sujet pour la photographie de concert ?
Oui. C’est un artiste expressif qui varie constamment entre intensité émotionnelle et énergie physique. Ses expressions et sa gestuelle offrent une grande diversité d’images dans un même concert. Sa présence au piano et à la guitare multiplie les angles possibles. La proximité dans les petites salles comme Le Cabaret rend son jeu encore plus lisible en photo : chaque micro-expression est capturable.

Ce qu’une nuit de concert à Carpentras m’a appris
Une nuit de novembre à Carpentras. Une salle comble qui vibre, un artiste qui n’a pas besoin d’effets spéciaux pour emporter le public, et un 50mm f/1.8 qui force à être là, présent, avant même d’appuyer sur le déclencheur. C’est ça, l’essence du reportage avec une focale fixe : on n’a pas le luxe de l’hésitation.
Le Cabaret de Carpentras reste l’une des salles les plus photogéniques du Vaucluse, et sans doute l’une des plus sous-documentées. Sa structure Magic Mirrors, ses reflets et sa chaleur sont un terrain de jeu rare pour un photographe. Il faudra y retourner.
Pour découvrir mes autres sessions photo de concerts et festivals, rendez-vous sur la page mes prestations photo de concert.




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