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Hans Silvester et Giono : le livre Camargue exposé à Vaison-la-Romaine

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Soixante-sept ans. Il a fallu soixante-sept ans pour que le texte de Jean Giono sur la Camargue arrive dans une librairie française, avec les photographies qui l’avaient fait naître.

Le vendredi 2 octobre 2026, la librairie Montfort a réuni Hans Silvester et son éditeur dans l’église haute de Vaison-la-Romaine. Le photographe y présentait Camargue, son premier livre, paru en 1959 avec un texte de Jean Giono. Jusqu’ici, l’ouvrage n’existait qu’en allemand. Les Éditions Perles Rares le publient enfin en français, en tirage limité à 1 000 exemplaires. L’exposition des photos de Hans Silvester sur la Camargue reste ouverte jusqu’au 17 octobre. Si tu photographies le delta du Rhône, va la voir.

Hans Silvester, de l’Aubrac à Vaison-la-Romaine

J’ai découvert le travail de Hans Silvester loin de la Provence, pendant un voyage photo en Aubrac. Une exposition à Nasbinals, en Lozère, présentait ses images. Quelques années plus tard, je l’ai retrouvé à quelques kilomètres de chez moi, dans l’église de la Haute-Ville de Vaison.

Né en Allemagne en 1938, Hans Silvester parcourt l’Europe dès l’adolescence, un appareil photo à la main. À la fin des années 1950, il découvre la Provence et la Camargue. Il s’installe dans la région au début des années 1960. Il y vit toujours.

Membre de l’agence Rapho, il a publié plus de cinquante livres. Ses séries sur les chats des rivages méditerranéens et sur les peuples de la vallée de l’Omo, en Éthiopie, ont fait le tour du monde. Dès les années 1970, il documente aussi la déforestation en Amazonie. Un fil relie presque toutes ses séries : l’homme, l’animal et leur milieu partagent le même cadre. Pas de portrait serré d’un animal coupé de son biotope.

Camargue, le premier livre de Hans Silvester, né d’une rencontre avec Giono

À la fin des années 1950, le jeune Silvester réalise une centaine de clichés en Camargue. Le delta lui offre des étangs saumâtres, des sansouïres (ces steppes salées couvertes de salicorne), des chevaux et des taureaux en semi-liberté, le tout sous un horizon plat.

Pour accompagner ses images, il sollicite Jean Giono. L’écrivain accepte et dépasse largement la commande. Une préface tient d’ordinaire en quelques pages. Giono en écrit une trentaine. Le résultat tient du récit poétique autonome : il dialogue avec les photos sans les commenter.

Le choix pouvait surprendre. Giono connaissait mal la Camargue. Son territoire, c’était la Haute-Provence, autour de Manosque : des plateaux secs et des collines. Il écrit pourtant sur le delta, sur la mort du fleuve dans la mer et sur ce qui naît de cette disparition.

Le livre paraît en 1959 en Suisse, en allemand. À Vaison, Hans Silvester a raconté la suite avec un plaisir évident. Un éditeur d’annuaires téléphoniques a parié sur le livre, en misant sur le nom de Giono, très lu et étudié dans les écoles allemandes à l’époque. Selon le photographe, l’ouvrage s’est vendu à 66 000 exemplaires. Pas mal pour un premier livre. Ce succès a lancé sa carrière.

Giono et Silvester, deux regards sur le vivant

Né à Manosque en 1895, Jean Giono met la terre et le vivant au centre de son œuvre. Il revient des tranchées de 1914-1918 pacifiste pour de bon. Il rejette aussi le productivisme industriel. Dans les années 1930, il réunit des lecteurs sur le plateau du Contadour, au-dessus de la montagne de Lure, pour réfléchir à une autre façon de vivre.

En 1953, il publie L’Homme qui plantait des arbres. Le berger Elzéard Bouffier y reboise seul, gland après gland, une région aride de Provence. Traduite dans le monde entier, la nouvelle raconte comment le travail patient d’un seul homme régénère un milieu dégradé.

Le lien entre les deux hommes ne s’arrête pas en 1959. En 1995, Hans Silvester travaille comme photographe de plateau sur le tournage du Hussard sur le toit, l’adaptation du roman de Giono par Jean-Paul Rappeneau. Il en tire un livre, trente-six ans après Camargue.

Une réédition à 1 000 exemplaires portée par quatre partenaires

La version française de Camargue n’était jamais sortie en librairie en France. L’Association des Amis de Jean Giono a lancé le projet de réédition. Quatre partenaires l’ont rendu possible :

  • L’Association des Amis de Jean Giono a pris l’initiative et porté le projet.
  • Sylvie Giono, fille de l’écrivain et ayant droit, a donné son accord et veillé à la fidélité du texte.
  • Gallimard, éditeur historique de Giono, a autorisé la publication par une autre maison.
  • Les Éditions Perles Rares, maison indépendante, ont assuré la fabrication et la diffusion.

Le livre est sorti en mai 2026, pour l’inauguration du Paraïs, la maison de Giono à Manosque, le 23 mai. Côté fiche technique :

  • volume relié, format 26 × 22 cm ;
  • cinquante photographies en noir et blanc ;
  • prix : 28,90 € ;
  • tirage limité à 1 000 exemplaires.

Une différence avec l’original : la nouvelle maquette répartit le texte de Giono entre les images, alors que l’édition de 1959 le présentait d’un seul tenant. Feuillette-le en librairie et fais-toi ton avis.

Avant Vaison, les tirages sont passés par les Rencontres Giono de Manosque, consacrées cette année au thème « Giono et la photo », puis par le château de Gréoux-les-Bains en août.

Voir l’exposition Camargue de Hans Silvester à Vaison-la-Romaine

L’exposition occupe l’église haute, l’ancienne cathédrale de la Haute-Ville, du 2 au 17 octobre 2026. Elle est organisée par la librairie Montfort, installée Grand’Rue depuis 1995, qui monte régulièrement ce genre de rencontre entre auteurs et lecteurs. Elle vend aussi le livre.

Depuis la ville basse, le chemin le plus agréable passe par le pont romain sur l’Ouvèze, puis par les ruelles pavées de la cité médiévale. Compte une dizaine de minutes de montée. Les horaires d’ouverture figurent sur la page de la librairie et sur l’agenda de la ville.

Un conseil si tu photographies la Camargue : viens avec tes propres images en tête, ou sur ton téléphone. Les étangs, les chevaux et les ciels de Silvester datent de la fin des années 1950. Ils donnent un point de comparaison rare sur un delta qui a beaucoup changé depuis. Regarde aussi comment il place l’horizon et laisse de la place au milieu autour des animaux. Le noir et blanc oblige à lire les formes et les contrastes, sans compter sur la couleur du ciel. Sur un paysage aussi plat, c’est un bon exercice à reprendre lors de ta prochaine sortie.

A lire aussi : Les cabanons de Camargue

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